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Hautilus, ou la naissance d'un cinquième membre à l'aventure

par Tim



On l'imaginait depuis longtemps, ce bateau qui nous ferait traverser un jour l'océan. Il avait toutes les formes, toutes les époques et les qualificatifs ne manquaient pas lors de nos premières discussions endiablées sur le sujet. Si nous avions l'engouement en commun, nos goûts parfois divergeaient.

Il est dit que certains couples connaissent leurs premiers litiges lors de l'achat d'une voiture ou d'un appartement. Il en va de même chez des jeunes de 23 ans encore étudiants qui font le pari fou d'acheter un bateau. Ce n'était pas que d'une maison flottante dont il s'agissait, c'était bien de l'intégration d'un cinquième membre à l'aventure.

Si l'un cherchait la performance, l'autre s'attachait davantage au confort tandis que les derniers préféraient la robustesse. La mission était donc simple : trouver un terrain d'entente pour notre bateau.

Ce fut le temps des recherches et des longues heures passées à éplucher les sites de petites annonces. Tout y passait mais on remarquait avec amusement que la source la plus riche et la plus sûre restait ce bon vieux leboncoin.fr. Intrigant et rassurant à la fois car nous avions la vague impression d'acheter un nouveau téléphone.

Puis vint le temps des visites et des week-ends en Méditerranée ou sur la côte Atlantique. Jean-Louis, Yves, Bruno, Henri, Jean-Francois, Hervé. Tous nous accueillaient comme de vieux amis et nous étions émus d'entendre avec quelle fierté ils parlaient de leurs navires. Ils s'en séparaient d'ailleurs avec chagrin mais l'âge et le manque de temps les y forçaient. Nous avions des étoiles dans les yeux en osant à peine nous imaginer à leur barre. Quant à eux, ils voyaient leur bateau vivre une nouvelle jeunesse en écoutant notre projet de lui faire faire le tour de l'Atlantique.

C'est un Gin Fizz visité à Marseille qui fut notre coup de cœur. Hautilus en somme. Ses propriétaires, deux frères passionnés de la mer nous avaient tapé dans l'œil. Ils connaissaient leur bateau comme leur poche et l'avaient poli à la brosse à dent.

Néanmoins, notre programme un tant soit peu différent du leur nous obligeait à prolonger la tâche. Et quand il faut équiper un ketch de 37 ans habitué à faire des croisières méditerranéennes pour un programme hauturier, ce sont les grands travaux qui commencent. Vous voyez la voiturette du postier des Visiteurs transformée en bête du 4L Trophy? C'est globalement le même registre. Nouvelle peinture de coque, autonomie énergétique, calibrage du moteur, tout y passait. En un mois, quatre bleus qui n'avaient pas dépassé le stade de l'ampoule qui s'allume en cours de technologie, chatouillaient des batteries de plusieurs centaines d'ampères.

Maintenant qu'il était paré à prendre la mer, une nouvelle page s'écrivait entre Hautiti et nous. Celle de la gestion d'un navire au large. Tout commença par un enrouleur de génois défaillant dans un grain en sortant de Marseille puis beaucoup d'autres tracas s'en suivirent : un guindeau qui se bloque, un frigidaire qui chauffe, un réservoir d'eau douce qui se vide à la mer pendant la nuit, un pilote automatique qui a peur des vagues, c'était peut-être ça le tour de l'Atlantique.

Alors oui il existe des moments de découragement et on s'est parfois demandé à quoi notre aventure ressemblerait sur un cata de 50 pieds. Mais notre dévotion pour Hautiti ne pouvait s'arrêter à cela.

Jour après jour, nuit après nuit, mile après mile, notre fier bateau navigue avec sérénité depuis sa mise à l'eau en août dernier. Les éclairs de la Méditerranée ne l'ont jamais effrayé et les creux de l'Atlantique le font sourire. Un peu rondouillard mais encore jeune dans sa tête, Hautiti est un grand-père encore en pleine force de l'âge. Celui qui skie tous les hivers et joue aux tennis avec ses petits enfants l'été. Son expérience de la mer et ses différents programmes de navigation l'ont endurci année après année. S'il peine à dépasser les 12 nœuds sans vibrer de tout son corps, il ne fera jamais un faux pas dans un temps capricieux.

À l'heure où nous allons lui laisser des vacances au mouillage bien méritées, nous voulions tirer notre révérence au cinquième membre qui emmena ses coéquipiers de l'autre côté de l'océan.

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