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Petite typologie des grains

par Alexandre



Grain : nom masculin, (latin : granum) masse de nuage noir qui se déplace rapidement. Souvent synonyme de pluie, de vents violents, et de tout un tas d'emmerdements. Le grain est indétectable par les systèmes météorologiques, il constitue un microphénomène hypergéolocalisé qui se déplace le plus souvent sous une fine couche nuageuse le rendant invisible aux satellites.


Synonymes : coup de tabac, coup de chien, "c'était quoi ça ? "...


NB1 :  tous les grains qui composent cette typologie ont été expérimentés, observés, annotés et analysés par l’équipage d'A quatre sur deux transats. Les informations fournies concernant la force du vent et les éléments descriptifs ne sauraient souffrir aucune inexactitude.

NB2 : au début je voulais faire une typographie mais une typographie comporte des petits dessins explicatifs. Or je dessine comme un pied et dessiner un grain c'est chaud. Une typologie paraissait donc plus appropriée.

 


Le grain furtif (dit le grain surprise)
Vent : entre 30 et 40 nœuds


C'est le grain sournois que tu prends sur le coin de la trogne sans y être préparé. Il va vite, il est petit mais particulièrement efficace. Il frappe alors que tu prends gentiment l’apéro en caleçon par 30 degrés. En 10 secondes un vent froid se lève, la pluie tombe, tu te retrouves alors à claquer des dents et à trembler comme une feuille morte. Il te laisse généralement une crève carabinée. Ce grain est également annonciateur de grains plus vilains (cf : la fin de cette typologie).

 


Le grain sans vent.
Vent : 0 nœud


Le nuage recouvre le bateau. Le vent tombe et une pluie diluvienne s'abat à la verticale sur le pont du navire. Tu n'avances plus, la mer est plate comme le lac Léman et tu te retrouves comme un gland au milieu d'une mer picotée par la pluie. Il dure plus longtemps que son homologue furtif et il est globalement très déprimant. Il vient accompagné d'autres grains sans vent qui peuvent se succéder des jours durant, inlassablement. et tu t'arraches les cheveux en regardant ton bateau reculer sur le GPS.

 


Le grain mytho (ou le grain qui n'en est pas un)

Vent : moins que prévu


Tu l'as vu arriver de loin, il est très noir et très menaçant. Tu te mets alors a avoir très peur, soit la réaction type du mec qui aime la vie. Du coup tu te prépares, tu t’emmitoufles dans une tenue de quart intégrale, tu réduis ta voilure au maximum. Et tu attends la bête. Mais quand tu penses qu'il est sur toi et que tu t’apprêtes à recevoir le ciel sur la tête. Il ne se passe rien. Pas de vent pas de pluie. Juste un gros balourd de nuage qui passe rapidement. La frustration d'avoir tout affaler pour rien se mêle alors au soulagement d'avoir évité une bonne dégelée.

 


Le grain salé (aussi appelé le grain de sel ohoh)
Vent : 30 à 50 nœuds


Celui où tu prends davantage d'eau de mer que d'eau de pluie. Il se traduit par une mer extrêmement agitée. 6 à 8 mètres de creux viennent s’écraser contre la coque du navire faisant pleuvoir sur ses occupants des paquets de mer un peu trop épais à leur gout. C'est le grain qui te débouche les narines, celui qui laisse des croutes de sel dans les sourcils, celui qui sale les vestes de quart pour qu'elle ne sèche plus jamais. Ce type de grain est particulièrement éreintant car le temps de sortie est relativement élevée, la capacité à manœuvrer et à avancer dedans étant quasiment nulle.


Le grain biblique
Vent : 60 nœuds


Devant ce grain là, les 7 plaies d’Égypte, le déluge biblique et l'apocalypse sont de vastes parties de rigolade. Les éléments se déchainent avec une rare violence. L'averse qui l'accompagne est si dense que la possibilité de se noyer en plein air devient dorénavant tout à fait envisageable. Les éclairs qui font évidemment partie du lot s'en donnent a cœur joie et pilonnent méthodiquement la surface de l'eau aux alentour du bateau et aveuglent l’équipage. La pluie tombe à l'horizontale et te fouette le visage t'empêchant de voir quoi que ce soit. Le vent forcit et forcit encore et au moment ou l'on croit qu'aucun vent plus fort ne peut exister, une rafale plus violente vient heurter le bateau l'amenant à giter dangereusement alors que toutes les voiles ont déjà été affalées. Ce vent qui menace à tout instant d'arracher le haubanage en emportant la moitié de la coque. Ce vent qui fait ployer un mât, lui faisant adopter des formes que les lois de la physique n'avait pas prévu de mentionner.
Bref, c'est le grain pas très marrant qui te fait te demander ce que tu fous là. Celui qui te fait chercher les raisons qui t'ont poussées à abandonner ton lit douillet , les blondes en terrasse (la bière bien sûr) et ce sympathique crachin parisien. Celui où personne n'est pris à faire le cornichon dehors sans gilet ni harnais. Celui qui te fait penser très fort à ta maman tout du long, un peu trop fort pour ne pas entacher ta virilité. Celui qui te fait faire une rétrospective rapide sur ta vie et qui te fait conclure qu'il te reste encore plein de belles choses à faire en ce bas monde et que ça serait sympa d'avoir l'occasion de les faire. Face à ce grain, la solution de dernier recours est probablement d'affaler toutes les voiles, de couper le moteur et se barricader en fond de cale en attendant que ça passe et en priant le ciel pour que les mâts restent debout.

 


Cette liste, on l’espère bouclée et exhaustive mais ne nous leurrons pas. Des saucées, on va en reprendre. Ces grains là, en reparler nous fait sourire mais aucun d'eux n'est réellement marrant. En revanche ils ont tous une conséquences communes : celle de te rappeler de te faire tout petit devant la mer et humble devant les éléments. Te montrer que tu n'auras pas le dernier mot face à la force brute de la nature.  Bref comme dirait l'autre, c'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme.

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