
Miami
par Elo
Loin des îles et plages désertes, une halte détonne dans notre parcours. Par une après-midi d’Avril, Hautilus, chahuté par les vagues d’un yacht rutilant, fait son entrée dans la baie de Miami, et se sent très petit. Sous notre étrave un peu rouillée se dressent des tours vraiment très hautes. L’arrivée était superbe : au loin, la brume s’était éclaircie, la skyline a transpercé les nuages et des dauphins nous ont accompagné presque à l’entrée du chenal. Nous rions de la carte postale un peu trop nette.
Les arrivées sont toujours des moments intenses, où l’on devine lentement une atmosphère, une ambiance, une vie différente dans laquelle on a hâte de se mêler. C’est ce qui donne une couleur si particulière aux voyages en bateau dont les étapes se succèdent sans être jamais monotones. On ne se lasse pas de voir la côte se rapprocher, les routes, les maisons, les villes se dessiner.
Sans penser que nous trouverions un petit port de pêche, Miami est un choc. Juste devant des immenses cargos amarrés fusent des jet-skis. Et puis, d’autres yachts passent, de toutes les tailles, de toutes les couleurs. Les allers et venues ne cessent pas autour de nous : un avion rase la terre en direction de Miami Beach et traine derrière lui le nom du prochain Dj du « Story Club » … Perspicaces, nous remarquons que « ok, ça a l’air un peu pimp ». Enfin, l’austérité militaire Cubaine est loin derrière nous.
Très amusés de retrouver la frénésie d’une - vraiment - grande ville, il y a tout de même un petit temps de flottement et un premier constat s’impose : Hautilus n’est pas dans son habitat naturel. Nous l’avions habitué à la pleine mer, aux mouillages solitaires, aux ambiances de ports et de marinas. Il a certes connu le vieux port de Marseille, celui de Barcelone, il a été fondu dans la masse des milliers de bateaux du Marin en Martinique. Mais il avait à chaque fois des semblables. Cette fois, seul de son espèce, il n’a jamais eu l’air aussi vieux et fatigué.
On pose l’ancre. Tac. C’est bon mais avec l’impression d’avoir dressé notre tente au milieu de la rue. Pourtant on est un peu à l’écart, avec une vue imprenable sur les gratte-ciels qui brillent de l’autre côté de la baie. On hésite à les rejoindre en annexe pour vraiment jouer aux indiens dans la ville, mais par peur d’une panne de notre moteur capricieux on se résigne à aller à la rive la plus proche et faire du stop.
Première complication : le stop ne marche pas aussi bien que dans les iles. C’est même très laborieux. Persévérants, nous voilà tout salés en plein quartier des affaires. Tombés de notre bateau, il nous faudra ensuite redoubler d’ingéniosité pour vivre et découvrir cette ville tentaculaire où il n’est pas de salut sans voiture. Malgré cela, le cou cassé pour avoir regardé les hauteurs de la skyline, le contraste avec nos souvenirs des dernières haltes est grisant.
Attablés, nous refaisons le film et parvenons à une conclusion: Hautilus est fait pour être reconnu par des vieux briscards de sa génération, au creux des anses abritées ou des ports d’arrivées des grandes traversées. Les débarquements en maillots de bains, les plongeons, les vaisselles et douche à l’arrière, tout cela nous est impossible dans une grande ville où même les ports sont inaccessibles. Les inestimables joies du mouillages nous manquent et nous quitterons la corne d’abondance, non sans en rapporter quelques trésors et un solide avitaillement, pour rendre à Hautilus sa superbe aux Bahamas et dans la houle Atlantique.