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Adieux en vers

par Elo

 


Toutes voiles dehors, arrondies et creusées 

C'est en toute quiétude que vogue notre cher voilier.

Ses blanches ailes répondent à son crayeux sillage

Qui, traînée de cailloux, dit la fin du voyage.

 

De ses dix ultimes jours, Hautilus retiendra 

Le ciel le plus clément qu'auront connu ses pas 

Chaque jour il reçoit, le front haut et stoïque 

Des dauphins, des baleines les hommages de l'Atlantique. 

 

Pourquoi ces vers pompeux? Mais pour varier un peu

Nos déchirants adieux avec toi, vieux Monsieur,

Qui, les genoux usés, et ta carène râpée

N'a point défaussé pour ta dernière traversée.

 

Quand le ciel fut moins pur et le vent moins portant

Ah oui de te quitter que nous étions contents.

 Mais aux débuts rosés du jour de l'arrivée, 

Qu'importent mon faux rythme ou mes boiteuses rime

Pour te chanter, même mal, mes très vertes pensées :

À Marseille nous te prime, en Bretagne te rendîmes,

Et si sur l'eau tu glisses insouciant, léger,

Que de soleils et d'images nous t'avons chargés !

 

Presse étoupe et drosses de barre ... souvenirs barbares.

Nos mains pressées ne te guérirent jamais trop tard.

Graciosa, Mindelo, Estepona ou Roseau,

Port Antonio, les Saintes et déjà Concarneau.

 

Populaire, dressons l'inventaire à la Prévert,

La folle litanie, de tes nombreux amis :

Alix, Flore, Guillaume, Stanislas, Sybille et Pierre,

Alexandre, Marie et forcément des oublis. 

Tous ils t'auront guidé, sans tricher, sans pilote,

Conversant à l'abri de ta salvatrice capote,

Dans des baies plus prospères s'adonnant à la nage,

Et toujours si joyeux faisant rire l'équipage. 

 

Le bonheur est dans les iles, dites vous ? Peut être. 

Mais de voir surgir le vieux continent, quelle fête. 

Laissons derrière barras, langoustes et mahis, 

Lauriers, amandiers, nos yeux tout ébahis 

Et la vague qui meurt sur la plage nous laissant 

A leur voilier, tes enfants reconnaissants. 

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